Juste une fille d’Elise Giraudau
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Juste une fille d’Elise Giraudau

Hello ! Aujourd’hui on se retrouve pour la chronique d’un roman qui, petite originalité, se déroule en école d’ingénieur : Juste une fille d’Elise Giraudau.

Déjà, je peux dire que c’est un coup de cœur ! J’ai immédiatement accroché à la plume fluide et le récit m’a entièrement entrainée, en plus d’avoir su m’émouvoir. Je dirais donc que c’est un must read en contemporain young adult, et une plume francophone à surveiller de près.

Maintenant si je réfléchis un peu plus, il y a quelques grains de sables qui font que j’ai pu parfois un peu décrocher MAIS c’est très lié à ma propre expérience, et je vais évidemment détailler pourquoi. En tout cas absolument rien de grave et si vous aimez les romans contemporains, vous pouvez foncer !

Bref, ce fut une excellente lecture. Je me réserve un paragraphe à la fin avec spoilers pour mes grains de sables et le reste de cette chronique pour encenser Juste une fille !

Le résumé

Frère et soeur aussi complices que complémentaires, Vanille et Kale entrent tous les deux cette année dans la même école d’ingénieur. Ce sera la plus belle époque de leur vie, se disent-ils : après la prépa, voici venu le temps des amitiés, des soirées, des études enrichissantes, des projets… Sauf que la réalité s’avère bien plus complexe que cela.

Dès la rentrée, Vanille a l’impression d’être marginalisée à cause de son côté studieux, sa discipline sportive, son refus de boire de l’alcool… Son copain, avec qui elle est en relation longue distance, ne répond plus vraiment présent pour elle non plus.

Mais le pire, c’est que Kale s’éloigne d’elle, attiré par les sirènes de la popularité, et obnubilé par son objectif : être élu au bureau des élèves pour sa deuxième année, afin de devenir quelqu’un qui compte dans l’école. Pour ça, il va lui falloir sympathiser avec les bonnes personnes, prendre les bonnes initiatives… et même se compromettre un peu au passage, et rogner sur ses convictions.

Alors que les mois, les cours et leurs aspirations si différentes les éloignent petit à petit, le frère et la soeur vont pourtant être confrontés aux mêmes démons des études supérieures, en la personne de Raphaël. Sauront-ils retrouver le chemin de leur propre épanouissement… et de leur relation à tous les deux ?

~ Retour sur cette lecture ~

Une sœur discrète et studieuse

Vanille est attachante comme héroïne, j’ai eu souvent envie de la prendre dans mes bras pour lui dire que tout irait bien. A travers son personnage, Elise Giraudau aborde le sujet des TCA (troubles du comportement alimentaire) et j’ai été très émue par sa façon de le faire. On découvre les luttes internes permanentes de notre héroïne, ses doutes et ses failles.

Le roman n’est pas forcément facile à lire car on la voit se poser ses propres limites et s’enfermer. Par exemple, elle a décrété par avance que ne pas boire d’alcool allait l’exclure (sûrement à cause d’une mauvaise expérience passée) et ne laisse pas une seule chance aux autres, puis est surprise que ça ne gêne pas ses amies. C’est un exemple parmi d’autre mais c’est également ce qui fait la force du roman : un point de vue qui sonne juste et une héroïne avec ses qualités et ses défauts.

(Bon, elle a quand même un passage pick-me de l’extrême qui m’a donné envie de l’étrangler mais on va dire que c’était une mauvaise passe)

Un frère influençable

Kale rêve de ce qu’il perçoit comme le graal de la popularité : lister et être élu au BDE de leur école. Dans cet objectif, il est décidé à repérer d’autres futurs listeux et à se faire connaître rapidement des 2A, dont tout le monde sait qu’ils peuvent être d’une grande aide. Et coup de bol : dans l’amphi de rentrée il se retrouve à côté de Raphaël, une grande gueule qui se fait remarquer et compte monter sa liste.

C’est un crève-cœur de voir Kale se laisser entraîner bien volontiers, piétiner ses valeurs et ses convictions et les échanger contre des gueules de bois et de fausses amitiés tout ça avec en tête son fameux objectif : remporter les campagnes. Certains passages vont vous faire bondir, et c’est ce qui est réussi dans le roman : on voit combien l’entourage que Kale se construit est toxique et l’amène au plus bas.

Les grains de sable

Juste une fille peut difficilement échapper à la comparaison avec Nos plus belles années (comparaison difficile de mon côté puisque ce dernier fait partie de mes livres-préférés-de-tous-les-temps). On retrouve des thèmes similaires (les abus en milieu étudiant, le viol) et même une narration similaire avec deux personnages mis en opposition, l’un prêt à faire la fête et devenir populaire et l’autre studieux et pointé du doigt comme rabat-joie. Sauf que je trouve que Juste une fille manque un peu de la nuance que j’avais adorée dans Nos plus belles années. Vanille et Kale sont tous les deux extrêmes dans les vécus qu’ils ont (et les cases dans lesquelles ils s’enferment parfois volontairement) et le « méchant » de l’histoire, Raphaël, est un connard fini. Pas un étudiant qui a fait une (énorme) connerie mais bien un gars qui fait du mal volontairement et que tout son entourage laisse faire en disant amen. Ceci étant, on adore le haïr de toute notre âme et je comprends ce choix narratif !

Pour mon second grain de sable, c’est cet aspect extrême. Je sais que c’est un vécu qui a pu (qui peut encore ?) arriver dans certaines écoles mais clairement, le bizutage décrit au début dans l’école que j’ai fait ça aurait été un NON net, de même que l’affiche avec une fille à moitié à poil. Je dirais que Juste une fille est excellent pour dénoncer et alerter et je ne doute pas qu’il s’inspire de vécus réels, mais il me semblait essentiel d’apporter dans cette chronique une note plus positive et d’espoir : ne pas boire n’est (régulièrement) plus synonyme d’être un frein (j’ai des amis qui n’ont pas touché à une goutte d’alcool en 3 ans et qui étaient parfaitement intégrés), les dérives sont de plus en plus restreintes (quart d’heure d’eau pour éviter l’état régulier dans lequel se met Kale, soirées au soft, des assos qui encadrent et forment les BDE dans certains réseaux d’écoles) et les écoles d’ingé se sont remises, et continuent de se remettre en question sur ces sujets.

Pour argumenter un peu cette expérience parce que je réalise que tous ceux qui vont lire cette chronique ne le savent pas forcément : j’ai fait une prépa intégrée (donc dans une école d’ingé) puis mon école (une autre du même réseau) où j’ai fait beaucoup d’associatif y compris inter-écoles d’ingé, et mon petit frère est actuellement trésorier du BDE d’une autre école d’ingé. En gros j’ai baigné dans ce milieu et j’en ai encore des échos réguliers ! Et je peux d’ailleurs dire que même si Juste une fille à ses côtés extrêmes, je suis très en phase avec ce qu’il dénonce et il y a beaucoup de vrai dans le vécu de Vanille et Kale.

En conclusion

Une excellente lecture que je recommande si vous aimez les romans contemporains forts. Juste une fille est un beau texte, très bien écrit, qui raconte et dénonce et je suis heureuse de voir de plus en plus de romans de ce genre sur la vie étudiante en librairie !

Vous avez lu ce livre ? Qu’en avez-vous pensé ?

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